La vraie vie

A l’arrache, à la masse

Non je ne suis pas morte étouffée sous une pile de couches sales ou sous mon tas de linge sale (on en parle du fait que ma salle de bains soit l’annexe d’une blanchisserie en grève …), je suis juste à l’arrache et à la masse depuis quelques temps déjà…

Comme pour mon article sur la déprime post-accouchement, cet article a mis du temps à sortir, il me trotte dans la tête depuis quelques semaines, mais la gestation est longue, et revenir ici m’a été difficile… J’ai besoin de poser les mots sur cet état qui me pèse, qui me donne l’impression d’être l’ombre de moi-même.

En ce moment, je suis la maman qui arrive systématiquement à la bourre à la crèche, qui oublie de décongeler son lait la veille au soir, qui habille sa fille avec les premiers vêtements (propres, oui quand même) qui lui tombent sous la main, qui donne des petits pots industriels… Je suis celle qui laisse sa maison dans un état déplorable, non rangée, qui traine des pieds pour préparer ses rendez-vous professionnels, qui n’arrive pas à se concentrer suffisamment pour rédiger un petit commentaire sur les blogs des copines, qui peine à dégager du temps pour peindre sa cuisine (oui cette pièce n’est toujours pas terminée !), qui ne prend pas le temps d’appeler ses proches, ni même de leur envoyer un petit message mais qui souffre d’isolement (ambivalence quand tu nous tiens…).

Bref, je suis à l’arrache, à la masse !

MAIS que s’est-il passé pour en arriver là ?

En réalité un enchainement de plusieurs événements qui m’ont mise KO !

Nous pouvons remonter à fin juin je pense… Dans cet article, je vous disais que la reprise du travail approchait, et que j’espérais ne pas reprendre ne me sentant pas prête à laisser Petite Loutre. Sauf, que mon médecin n’a pas voulu m’arrêter malgré le mot de ma sage-femme et ma tête de maman défraichie, j’ai réussi à gratter 15 jours, pendant lesquels j’ai pu lancer ma procédure de rupture conventionnelle, mais il a bien fallu que je renfile mon costume de « working mum » pour quelques semaines. Ma première semaine a été catastrophique : souci de train tous les jours, grosses chaleurs, Petite Loutre refusait le biberon, faisait la misère à son Papa (vive les chaleurs et le RGO)… J’ai posé des jours à la volée pour tenir le rythme, pleuré (beaucoup pleuré – appelez moi Madeleine Wallace), craqué quand on me demandait « comment vas-tu ? » (je crois que ma collègue a regretté m’avoir posé la question), ravalé mes larmes quand on me disait « 3 mois c’est petit pour laisser un bébé » (OUI je sais !!!). Bref, une semaine idyllique… Heureusement, j’avais une manager en or ! Ensemble nous avons trouvé des solutions afin de rendre cette situation plus confortable. J’ai posé mes congés et RTT restantes afin de travailler à temps partiel sur la période restante. Elle m’a proposée de travailler depuis un de nos sites plus proche de chez moi. Et je lui ai demandé la possibilité de poser des congés à la volée si ma fatigue était trop grande, l’Amoureux débordé, la Petite Loutre trop douloureuse (et comme elle est en or, elle a accepté ! Oui c’est aussi une amie avant d’être mon ancienne manager !). J’ai donc fini mon contrat dans des conditions assez particulières, en profitant de ma Petite Loutre les jours off, posant des congés les jours où prendre le volant aurait été trop risqué… J’ai été soulagée quand j’ai terminé, j’ai eu la sensation de passer sous un bus pendant cette période, mais j’étais ambivalente, je me jetais dans le vide (avec un parachute, certes, mais dans le vide quand même) !

Là j’étais juste à la masse, pas encore (trop) à l’arrache !

Après un mois d’août relativement calme, pendant lequel nous avons pris le temps de nous recentrer sur nous 3, à tenter d’avancer sur la maison, septembre et la rentrée sont arrivées !!! Et là, c’est le drame !

L’Amoureux est prof. Pendant plusieurs années il a enseigné dans le supérieur, mais cette rentrée 2017, il l’a faite dans le secondaire et non à la fac… A lui, le grand écart entre collège et lycée (ou l’art de faire de la 6ème à la terminale), à lui de jongler sur 2 établissements ! Bref, une rentrée au beau fixe ! Après 4 ans à enseigner à des licences et des masters, se retrouver face à une classe de 6ème lui a fait tout drôle ! Plus le fait que son emploi du temps n’est franchement pas génial (5 jours par semaine, 8h-18h quasi tous les jours, de nombreuses heures de trous dans la journée), la rentrée a été un rouleau compresseur ! Pour lui : ses cours n’étaient pas prêts, il passait ses journées à l’école et rentrait le soir pour préparer ses cours, devait faire les réunions parents-profs, avait la sensation de ne rentrer que pour manger et dormir. Pour moi : je devais gérer l’adaptation de Petite Loutre à la crèche, gérer Petite Loutre, m’occuper de la maison, faire mes rendez-vous professionnels et tenter d’avancer dans les travaux. Je vous la fais courte, l’Amoureux a fait une dépression du post-partum et a été mis en arrêt !

Depuis on est à l’arrache et à la masse !

On a enchaîné les rendez-vous médicaux pour lui… La pose du diagnostic a été relativement rapide, mais il a fallu se démener pour trouver les bons interlocuteurs. Notre médecin traitant ne voulait pas reconnaitre la dépression comme une maladie en soit nécessitant un arrêt… (Oui on cherche à changer de médecin, mais vu le désert médical ici, c’est un poil compliqué). Après plusieurs appels, plusieurs rencontres, nous avons trouvé l’interlocuteur qui a su écouter l’Amoureux et qui a mis le doigt sur le problème ! C’est donc une dépression du post-partum… Oui les papas peuvent aussi être touchés, c’est plus rare que pour les mamans et donc les médecins n’ont pas le réflexe d’y penser !

Du coup on est à l’arrache et à la masse !

Cette dépression remet en cause pas mal de choses… L’Amoureux ne se voit pas continuer à enseigner dans le secondaire et les postes dans le supérieur sont rares. Du coup, nous sommes en phase de turbulence professionnelle ! Oui, oui tous les deux ! Parce que nous pouvons difficilement être deux à créer notre entreprise en même temps, ou l’une créant son entreprise et l’autre en formation pour reconversion professionnelle, ou l’une créant son entreprise et l’autre au foyer s’occupant de Petite Loutre et de la logistique de la maison… Pendant quelques semaines la question a été : est-ce que je postule sur des postes approchant de mon emploi initial ? Est-ce que l’Amoureux prend un boulot alimentaire ? Bien évidemment, à ce moment là, un poste proche de mon emploi initial basé à Big City a été publié… S’en est suivi une petite semaine de questionnement à base de : « je postule, oui ou non ? », « si je postule, ça veut dire que potentiellement je pourrai décrocher un entretien et donc un nouvel emploi, est-ce que je veux réellement cet emploi ? », « est-ce que je postule ? Si oui, est-ce que je renonce à mon projet de création d’entreprise ? », « est-ce qu’obtenir cet emploi me permettra de me faire un réseau et donc de pouvoir être plus confiante pour monter mon projet plus tard ? », « Si je ne postule pas, est-ce que si mon projet ne fonctionne pas j’aurai une opportunité de ce genre à nouveau ? ». A force de réflexion (et de discussion avec l’Amoureux), nous en sommes arrivés à la conclusion, que je voulais monter mon projet, que j’avais encore le temps de m’affoler avant que nos finances soient un problème, que certes c’était une belle opportunité, mais pas celle qui me ferait renoncer à mon projet.

A la masse (je vous ai prévenu !)

Parallèlement, mon projet initial a été redéfini. L’étude de marché et des discussions avec des professionnels déjà installés l’ont remis en question… Donc, il a fallu rebondir, repenser le projet pour qu’il soit viable et rentable. Actuellement, je suis en pleine refonte de mon business plan, recherche de financement… Je monte des dossiers pour intégrer une couveuse d’entreprises qui me permettrait de me lancer en gardant une certaine sécurité. Bref, la machine se relance doucement, mais surement. Par contre, la partie « patrons » a été laissée sur le côté pour le moment. Je n’arrivais pas à tout mener de front. Je n’abandonne pas cet aspect du projet car il me tient à cœur… Comme le rappelle si bien Maman BCBG dans son dernier article, « Fait vaut mieux que parfait » ! Donc je vais lancer le projet dans sa globalité, en prenant le temps nécessaire pour que sa mise en place soit viable, mais je ne vais attendre qu’il soit parfait (il ne le sera jamais) pour oser me lancer ! Dans les semaines à venir, j’ai plusieurs rendez-vous qui vont me permettre de peaufiner mon projet et de le rendre concret donc je les prépare du mieux que je peux afin de pas être à la masse ces jours-là !

Je commence à sortir de cet « à l’arrache et à la masse » ?!?

L’arrivée du froid, le manque de sommeil (merci Petite Loutre pour les 2-3 réveils par nuit), le décalage horaire et le fait que j’ai voulu faire ma « Super Maman » pour limiter la fatigue de l’Amoureux commencent à avoir raison de moi ! Donc, je vais écouter mon corps et passer en mode tout doux pour me ménager. Les 3 projets en-cours qui attendent sur ma table de couture peuvent être fait à un rythme cool, il n’y a pas d’urgence. Les articles « couture », « déco » reviendront quand je prendrai les photos qui vont bien. Le ménage, le rangement n’ont de priorité que celle que je leur donne. Petite Loutre se fiche d’être lookée tant qu’elle est habillée avec des vêtements adéquats à la saison et confortable. Bref : je relâche la pression et je vais sortir de ce « à l’arrache, à la masse » qui me poursuit depuis quelques semaines ! Je me recentre sur l’essentiel : ma famille, mon projet, moi !

Les rendez-vous médicaux qui attendent d’être pris depuis plusieurs semaines ont été pris, nous ferons une virée parisienne pour revoir nos amis le week-end prochain, nous préparons un week-end randonnée en famille avant Noël pour nous ressourcer. Il m’a été difficile d’admettre que je tirais sur la corde, mais nous avons su reconnaitre les signes de ma fatigue avant qu’elle ne soit trop installé et prit les mesures nécessaires pour limiter les dégâts.

♠ ♣ ♥ ♦

Et vous, ce sentiment d’être « à l’arrache, à la masse », vous le ressentez parfois ? Quelles sont vos astuces pour garder votre maison dans un état correct, prendre du temps pour vous… ? 

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15 réflexions au sujet de “A l’arrache, à la masse”

  1. Pfiou, le mot qui me vient à l’esprit est « turmoil »… Toutes ces choses à gérer, tous ces tracas, cette instabilité, ça ne doit pas être facile à gérer du tout… Mais ça a l’air d’aller un peu mieux, en tous cas vous êtes sur la bonne voie 🙂
    Personnellement, j’ai compris que j’étais une petite nature, j’ai décidé que je ne culpabiliserai plus quand j’ai besoin de passer un weekend off dans ma bulle, loin de tout.
    J’espère que les choses se remettront à l’équilibre rapidement, prenez bien soin de vous

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    1. J’adore ce mot « Turmoil », je vais le garder en tête !
      La stabilité commence à s’inviter chez nous… Mon projet prend forme, j’ai fait des rencontres très intéressantes et pertinentes ces derniers jours, qui 1) m’ont redonné confiance, 2) m’ont rassuré sur sa viabilité, 3) vont me permettre d’avoir une visibilité ! L’Amoureux a des pistes pour trouver un nouvel emploi.
      ON va y arriver !!!
      Se mettre sur off : j’ai un peu de mal à le faire. Mais ces derniers jours où j’ai levé le pied, passé le relai plus facilement à l’Amoureux m’ont fait un bien fou !!!
      Merci pour ton petit mot !

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  2. Arf, faut dire que ça a fait un paquet de tuiles en même temps … et beaucoup d’activités chronophages … 😥
    J’espère que vous trouverez votre voies tous les deux, je ne savais même pas qu’un prof de façon pouvait se retrouver à enseigner à des 6eme… 😮

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    1. Pas facile de trouver un rythme, un nouvel équilibre quand tout se bouscule… Mais on y arrive, doucement mais surement !
      Concernant le fait qu’un prof puisse enseigner à la fac et au collège, tout dépend de son parcours et de son domaine d’enseignement. Pour la faire courte, l’Amoureux a passé un CAPES de langues, qui lui permet d’enseigner dans le secondaire. En parallèle, il préparait une thèse en sciences humaines, ce qui lui a permis de bénéficier de contrats dans des universités (ATER). Bref, suite à un micmac administratif, il n’a pas été renouvelé cette année à la fac et a donc retrouvé l’enseignement secondaire. Après tout dépend des parcours, des domaines (en sciences dures, c’est un peu différent il me semble)…

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  3. Oh, mince, je suis désolé de lire ça!
    Effectivement c’est un peu tout qui s’enchaine d’un coup. Vraiment pas de bol pour le médecin, mais c’est tellement galère d’arriver à en trouver un tout court!
    Quand je suis descendu dans le sud de la France, cette différence m’a vraiment frappée et on peut dire qu’on est loin. d’être tous égaux pour l’accès aux soins!
    Et puis ça fait beaucoup de changement en pas longtemps, donc c’est aussi un peu normal de mettre du temps à s’en remettre.
    J’espère que vous êtes sur la phase remontante de la pente.
    Concernent l’isolement, je vois très bien de quoi tu parles vu que je l’ai moi même vécu. Le blogging a été une bouée d’oxygène.
    Bon courage !

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    1. Merci pour ton petit mot !
      Le blogging est un vrai moyen de rompre l’isolement, je suis d’accord avec toi. Je cherche aussi à trouver des moyens de me faire un réseau « physique » par ici, mais ce n’est pas évident (la timide en moi prend vraiment sur elle !).
      Tous les changements en peu de temps : on n’avait pas pris la mesure du chamboulement ! Dans l’euphorie de notre changement de vie, nous avions un peu omis qu’il fallait un peu de temps pour s’adapter… On prend nos marques, on commence à avoir un rythme plus régulier et nos projets avancent, donc ça permet une vraie respiration.
      Ce passage à vide, nous a aussi fait prendre conscience de nos limites, réaliser qu’elles étaient nos priorités et nous a rappelé les raisons pour lesquelles nous avions fait ce choix !

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      1. C’est parfait alors. On a toujours des leçons à tirer 😊 j’espère que tu arriveras à te créer un réseau sympa 😊
        Et puis au final, on reviens toujours à l’essentiel et c’est le plus important !

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  4. Je suis épuisée rien qu’en te lisant ! Je ne peux que vous souhaiter beaucoup de courages pour garder le cap malgré tout ça. Tu as raison, il y a beaucoup de choses dont la priorité est toute relative.
    Des bisous à vous 3.

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  5. Je suis vraiment désolée… Une période pas facile à vivre et j’espère que tous ces beaux projets vous permettront d’en sortir vite! La priorité des choses dépend de nous, à toi de réussir à te recentrer sur le principal!
    Bon courage à vous!

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  6. Je lis cet article avec émotions ayant moi aussi traversé une période de ce type, assez difficile. Un conjoint avec des horaires chaotiques, mais qui aime son travail et ne compte pas changer, et du coup un rythme difficile depuis que nous sommes parents (ça fait déjà presque 3 ans mais merci les 2ans de nuits hachées !) ça c’est soldé par une rupture conventionnelle pour moi également et du coup des projets pro assez incertains (je comprends bien ton questionnement sur la viabilité du coup).
    Bref pas facile de trouver l’équilibre entre la vie pro, perso, et un nouvel environnement.
    J’espère que depuis cet article l’évolution est restée positive !

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    1. Merci pour ton commentaire !
      Trouver l’équilibre entre vie pro et vie perso : c’est vraiment difficile. Maintenant on commence à voir plus clair sur nos projets pros. Il y a encore des moments un peu difficiles, mais globalement l’évolution est positive !

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